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Le document analysé est un avis de la Haute Autorité de santé, adopté le 11 juin 2026, en réponse à une saisine de la DGOS sur un projet d’arrêté fixant la liste des produits de santé et examens complémentaires que les IDE pourraient prescrire ou renouveler. Il ne s’agit donc pas, à ce stade, d’un texte réglementaire définitif opposable en lui-même.


1. Ce que change le projet

Le projet vise à regrouper et élargir les possibilités de prescription infirmière, jusqu’ici dispersées dans plusieurs textes : vaccination, contraceptifs oraux, dispositifs médicaux, substituts nicotiniques, pansements, matériel de soins, etc. Il prévoit aussi des extensions vers les plaies, la prévention, la santé sexuelle, le sevrage tabagique, la douleur, certains examens biologiques et certains examens d’imagerie.


=> Ce mouvement s’inscrit dans la loi du 27 juin 2025 sur la profession infirmière, qui modifie l’article L.4311-1 du Code de la santé publique et prévoit que l’infirmier peut prescrire les produits de santé et examens complémentaires nécessaires à l’exercice de sa profession, selon une liste fixée par arrêté ministériel après avis de la HAS et de l’Académie nationale de médecine. (Légifrance)


2. Position globale de la HAS

La HAS ne s’oppose pas au principe d’un élargissement des compétences infirmières, mais elle encadre fortement son avis. Son message central est clair : la prescription infirmière ne peut pas être une simple faculté technique de rédiger une ordonnance. Elle doit reposer sur :

  • une évaluation clinique préalable ;

  • une traçabilité systématique ;

  • une coordination effective avec le médecin traitant ;

  • des critères d’alerte définis ;

  • des limites de prescription précises ;

  • une formation adaptée ;

  • un suivi national de mise en œuvre.


3. Points favorables

Le document confirme plusieurs évolutions plutôt favorables à la pratique infirmière, notamment en ville :

  • Plaies et pansements. La HAS reconnaît l’intérêt d’élargir la prescription des pansements, matériels de détersion, pansements hydrofibres, irrigo-absorbants, superabsorbants, pansements à l’argent, hémostatiques, champs stériles et dispositifs de rapprochement cutané. Pour les plaies, c’est l’un des volets les plus cohérents avec la pratique IDE/IDEL, à condition de définir des critères de recours médical.

  • Vaccination. Le projet reprend les compétences vaccinales existantes. L’arrêté du 8 août 2023 autorise déjà les infirmiers à prescrire plusieurs vaccins du calendrier vaccinal pour les personnes de 11 ans et plus, avec exceptions, et à prescrire/administrer la grippe saisonnière selon les conditions prévues. (Légifrance)

  • Dispositifs médicaux. L’extension de certains renouvellements ou prescriptions de dispositifs semble globalement accueillie favorablement, notamment pour les dispositifs liés aux soins, à la perfusion, aux pansements, à la surveillance glycémique ou à la nutrition entérale, sous réserve de rester dans une logique de continuité et non de modification autonome d’une stratégie médicale.


4. Réserves majeures

La HAS et les parties prenantes identifient plusieurs zones de risque.

Risque de fragmentation du parcours. Le principal danger est la multiplication d’actes, bilans ou prescriptions sans coordination médicale, avec perte de lisibilité du parcours, redondance d’examens et incertitude sur la responsabilité.

  • Examens biologiques. L’ouverture à la NFS, ionogramme, créatininémie, HbA1c, ECBU ou INR pose problème si les indications, les seuils d’alerte et la conduite à tenir ne sont pas clairement définis. Le document insiste sur le fait qu’un résultat biologique ne vaut rien sans interprétation clinique, et qu’un résultat anormal doit entraîner une orientation médicale structurée.

  • Radiographie thoracique. La HAS est réservée, voire défavorable, à la demande de radiographie thoracique dans le cadre du sevrage tabagique. L’examen relève d’une démarche diagnostique médicale, et la radiographie n’est pas nécessairement l’examen de première intention selon la situation clinique.

  • Antalgiques. La prescription d’antalgiques de palier 1 peut être envisageable, mais la HAS demande une liste précise des molécules, posologies maximales, contre-indications et situations d’exclusion. Le néfopam est identifié comme médicament à risque, notamment en raison de ses effets indésirables et du risque de pharmacodépendance.

  • Plaies et antimicrobiens locaux. La HAS est prudente. Elle recommande d’éviter les noms commerciaux, de préférer les formulations en DCI, d’exclure les antibiotiques locaux et de limiter strictement les antiseptiques à large spectre aux situations ciblées : brûlures ou plaies traumatiques souillées récentes, hors pied diabétique et hors plaies chroniques.


5. Conséquences pratiques pour les IDE/IDEL

Pour un exercice libéral, le message opérationnel est le suivant : l’élargissement de la prescription ne doit pas être compris comme une autonomie médicale transférée à l’infirmier. Il s’agit plutôt d’une autonomie infirmière encadrée, centrée sur le soin, la continuité, la prévention, l’évaluation clinique infirmière et l’orientation.

=> En pratique, chaque prescription infirmière devrait être associée à une trace écrite comportant au minimum :

  1. motif clinique ;

  2. évaluation infirmière ;

  3. produit ou examen prescrit ;

  4. justification ;

  5. information donnée au patient ;

  6. transmission au médecin traitant ou au prescripteur initial ;

  7. critères de réévaluation ;

  8. critères d’alerte imposant avis médical.


C’est particulièrement impératif pour les plaies chroniques, les plaies atypiques, le pied diabétique, les dispositifs de compression, les examens biologiques et toute situation douloureuse évolutive.


6. Point de vigilance juridique

Le décret du 24 décembre 2025 relatif aux activités et compétences infirmières prévoit l’évolution des compétences, mais son articulation avec l’arrêté listant les produits et examens reste déterminante. Le décret mentionne notamment la prescription de produits de santé et examens complémentaires adaptés à la situation clinique et aux domaines de compétences infirmiers, selon une liste fixée par arrêté. (Légifrance)


Recommandations HAS

La HAS insiste sur plusieurs conditions indispensables : évaluation clinique préalable, traçabilité, coordination avec le médecin traitant, accès effectif au DMP, formation adaptée, critères d’alerte et orientation médicale rapide en cas de doute, d’aggravation ou de résultat anormal. Les réserves sont fortes pour les examens biologiques larges, la radiographie thoracique, certains antalgiques, les antimicrobiens locaux et le nitrate d’argent.


Pour les IDEL, l’enjeu n’est donc pas de “prescrire plus”, mais de prescrire dans un cadre infirmier sécurisé, avec justification clinique, limites explicites, transmission et responsabilité assumée. Le texte ouvre une évolution importante, mais il impose aussi une montée en exigence : qualité de l’évaluation, pertinence, traçabilité et coordination interprofessionnelle.



Projet d’arrêté de Prescription infirmière ayant reçu un avis HAS "sous réserves”

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