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La photographie est devenue un outil courant dans le suivi des plaies. Elle permet de documenter l’évolution cicatricielle, de comparer objectivement l’état d’une plaie dans le temps, de faciliter la coordination avec le médecin traitant ou un spécialiste, et de renforcer la traçabilité dans le dossier de soins.


Mais photographier une plaie n’est jamais un geste anodin. Une image de plaie est à la fois une donnée de santé, une donnée personnelle et, dans certains cas, un élément relevant du droit à l’image. Son utilisation doit donc être strictement encadrée.


=> Une photographie utile, mais seulement si elle est justifiée


Dans le suivi infirmier des plaies, la photographie peut avoir un intérêt clinique réel : apprécier la taille, l’aspect du lit de la plaie, l’évolution des berges, l’état de la peau péri-lésionnelle, la quantité d’exsudat visible, la présence de fibrine, de nécrose, de bourgeonnement ou de signes évocateurs d’infection.


Elle peut également aider à objectiver une aggravation, à préparer une demande d’avis spécialisé, à sécuriser une transmission ou à documenter une décision de changement de protocole local.


Toutefois, la photographie doit répondre à une finalité précise. On ne photographie pas “par habitude”. On photographie parce que l’image apporte une information utile à la prise en charge du patient.


=> Consentement du patient : une exigence pratique et juridique

Avant toute prise de photographie, le patient doit être informé de manière claire :

  • pourquoi la photographie est réalisée ;

  • où elle sera conservée ;

  • qui pourra y accéder ;

  • si elle sera intégrée au dossier de soins ;

  • si elle pourra être transmise à un autre professionnel ;

  • si elle pourra être utilisée à des fins pédagogiques, scientifiques ou de publication.


Dans le cadre du suivi clinique, l’accord du patient doit être recueilli et tracé.


Lorsque l’image est destinée à un usage autre que le soin direct — formation, communication, publication, congrès, site internet ou réseau social — une autorisation spécifique, écrite, explicite et distincte doit être obtenue.

Un consentement général aux soins ne suffit pas pour autoriser n’importe quel usage d’une photographie.


Données de santé : une protection renforcée

Une photographie de plaie est une donnée de santé dès lors qu’elle révèle une information sur l’état physique d’une personne. Même si le visage n’apparaît pas, l’image peut rester identifiable par le contexte, la localisation, une cicatrice particulière, un tatouage, un bijou, un environnement domestique ou des métadonnées numériques.


L’anonymisation doit donc être réelle. Elle suppose de supprimer ou d’éviter tout élément permettant l’identification directe ou indirecte du patient.


En pratique, il convient d’éviter :

  • le visage du patient ;

  • les tatouages ou signes distinctifs ;

  • les bijoux reconnaissables ;

  • les documents visibles en arrière-plan ;

  • les éléments du domicile permettant une identification ;

  • les noms de fichiers contenant l’identité du patient ;

  • l’envoi par messagerie personnelle ou application non sécurisée.


Stockage et transmission : pas de photographie dans la galerie personnelle

La photographie d’une plaie ne doit pas être conservée dans la galerie personnelle d’un téléphone professionnel ou privé sans cadre sécurisé. Elle doit être intégrée dans un dossier de soins ou un outil professionnel conforme aux exigences de protection des données de santé.


"La transmission à un médecin, à un centre de plaies ou à un autre professionnel doit se faire par un canal sécurisé, adapté aux données de santé".


L’usage de messageries grand public, de SMS classiques ou d’applications non conformes expose à un risque de violation du secret professionnel et de non-conformité au RGPD.


Le professionnel doit pouvoir justifier que les données collectées sont nécessaires, proportionnées, sécurisées et utilisées uniquement pour la finalité prévue.


Usage pédagogique, publication, site internet : prudence maximale

L’utilisation d’une photographie de plaie à des fins pédagogiques ou de publication nécessite une vigilance renforcée.

Même si l’image semble anonymisée, il faut obtenir une autorisation spécifique du patient lorsque la photographie sort du cadre strict du soin.


Cette autorisation doit préciser l’usage prévu : formation, diaporama, article, publication scientifique, support numérique, site internet ou réseau social.

L’autorisation doit être limitée, compréhensible et révocable dans les conditions prévues. Elle ne doit pas être noyée dans un formulaire général.

Pour un site internet ou une publication professionnelle, la règle doit être simple : aucune image issue d’un patient réel ne doit être utilisée sans autorisation explicite, documentée et adaptée au support concerné.


Responsabilité infirmière : ce que la photo engage

La photographie engage la responsabilité professionnelle de l’infirmier. Elle peut sécuriser une prise en charge si elle est pertinente, datée, contextualisée et intégrée au dossier. Mais elle peut aussi devenir un facteur de risque si elle est prise sans accord, mal stockée, transmise par un canal non sécurisé ou utilisée hors du cadre initialement prévu.


L’infirmier doit donc s’interroger avant chaque photographie :

  • l’image est-elle nécessaire à la prise en charge ?

  • le patient a-t-il été informé ?

  • son accord est-il tracé ?

  • l’image est-elle proportionnée à l’objectif ?

  • les éléments identifiants ont-ils été évités ?

  • le stockage est-il sécurisé ?

  • la transmission est-elle justifiée et protégée ?

  • l’usage prévu est-il strictement limité au soin ?


Notre cabinet analyse les situations impliquant l’usage de photographies dans le suivi des plaies : consentement, droit à l’image, données de santé, dossier de soins, traçabilité, transmission, coordination, usage pédagogique, publication et responsabilité professionnelle.

  • Apporter une lecture rigoureuse, indépendante et contextualisée : comprendre pourquoi l’image a été prise, comment elle a été utilisée, dans quel cadre elle a été conservée ou transmise, et si les règles professionnelles, éthiques et réglementaires ont été respectées.


 

Points réglementaires à retenir

La CNIL précise qu’une photographie d’un patient ne peut être intégrée à son dossier médical qu’avec son accord et uniquement si cette donnée est pertinente pour sa prise en charge. Elle rappelle aussi que le consentement doit être donné par écrit lorsqu’il s’agit d’enregistrer la photo dans le dossier hospitalier.


Le droit à l’image impose une autorisation préalable avant toute reproduction ou utilisation de l’image d’une personne, notamment sur internet ou sur un support de communication. La CNIL rappelle que chacun peut s’opposer à l’utilisation de son image sans autorisation préalable.


Les données de santé sont des données sensibles. La CNIL rappelle que leur traitement est par principe interdit, sauf exceptions prévues par le RGPD et la loi Informatique et Libertés, notamment lorsque le traitement est nécessaire à la prise en charge sanitaire.


L’hébergement de données de santé à caractère personnel doit répondre aux exigences de sécurité applicables, notamment par le recours à un hébergement certifié HDS lorsque les données sont hébergées numériquement par un prestataire. L’Agence du Numérique en Santé rappelle que la certification HDS vise à renforcer la protection des données de santé et l’environnement de confiance autour de l’e-santé.


Le dossier du patient est un outil de communication, de coordination et de continuité des soins. La HAS rappelle qu’il permet de suivre et de comprendre le parcours de prise en charge. Une photographie de plaie ne doit donc être intégrée au dossier que si elle apporte une information utile, datée, contextualisée et pertinente.

 



Droit à l’image et suivi des plaies : photographier n’est jamais un acte neutre

Consentement éclairé, Finalité clinique, Confidentialité, Sécurisation, traçabilité et partage strictement limité au parcours de soins.

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